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RHINOPLASTIES RATEES
C’est un sujet épineux, ouvrant la porte à bien des polémiques! Peu de chirurgiens osent l’aborder de façon frontale de peur d’y être associé. Pourtant c’est un des termes les plus demandés sur les moteurs de recherches dans Internet, ce qui traduit une préoccupation fréquente qu’on ne saurait passer sous silence.
Etant souvent consulté pour un second avis après la rhinoplastie d’un confrère, j’ai eu l’idée de codifier de façon rationnelle la conduite à tenir pour aider les personnes confrontées à cette situation.
Avant toute chose il faut s’entendre sur les définitions car ici, plus encore qu’ailleurs, les mots sont lourds de conséquences. Parler d’un «défaut» n’a pas le même impact que de parler de «rhinoplastie ratée.»
Cette dernière dénomination comporte une connotation péjorative d’échec :
- - Sur le plan psychologique, car elle sous-entend une disgrâce irréversible.
- - Sur le plan juridique, car elle sous-entend un préjudice par faute ou manquement.
Pourtant, la réalité permet de distinguer des situations très différentes:
- - Dans certains cas, il s’agit de défauts bien identifiés et relativement accessibles à une correction.
- - Dans d’autres cas, on est confronté à une situation plus difficile qui nécessite des reconstructions complexes et des compétences plus pointues.
Définir les contours d’une telle frontière est donc le cœur de la problématique. Et tout dépend évidemment, du côté où l’on se place par rapport à cet évènement.
Plus tôt que de laisser le champ ouvert à des conflits interminables et frustrants pour tous, nous avons imaginé l’utilisation possible d’un constat amiable sous forme d’une grille de notation dont l’utilisation détaillée sera abordée dans un autre «dossier de la semaine.»
Mais tentons dans le présent dossier, d’analyser sans complaisance, la situation telle qu’elle est vécue par les différents partis et les différentes issues possibles.
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I-POINTS DE VUE DES DIFFERENTS INTERVENANTS
1) Le patient
C’est le principal intéressé, nous commencerons donc par lui.
Parfois, Il va considérer sa rhinoplastie comme «ratée», dès lors que son appréciation du résultat n’est pas exactement celle de ses attentes: diminution insuffisante ou trop importante d’une partie ou de la totalité du nez; asymétrie résiduelle, fibrose, etc. Il s’agit alors d’un défaut le plus souvent accessible à une correction. Et plutôt que de rentrer en conflit avec son chirurgien, je conseille vivement à ces patients d’envisager les modalités précises de cette correction.
Parfois, le défaut parait plus difficile à corriger, et surtout le patient n’a plus la même confiance en son chirurgien. Là aussi, je conseille une entente amiable quitte à ce que le patient choisisse un autre chirurgien.
Ailleurs encore, le problème n’est pas tant technique que psychologique: difficulté à accepter sa nouvelle image, voire véritable dysmorphophobie naissante où le moindre petit défaut, ignoré jusqu’alors, prend des proportions dramatiques. Une courte psychothérapie orientée est parfois salutaire, mais elle est rarement acceptée surtout si elle suggérée par le chirurgien.
2) Le chirurgien opérateur
Sur le plan technique:
- Soit il considère qu’il s’agit d’un défaut bien identifié et relativement accessible, le mieux est qu’il le corrige lui-même à condition qu’il ne s’enfonce pas dans une spirale négative ou une surenchère qui va créer encore plus de problèmes. L’exemple typique est l’aggravation d’une sténose narinaire par des interventions successives et une technique inadaptée.
- Soit il considère le problème plus difficile, et il n’est pas honteux ni exceptionnel de faire appel à un confrère qui connait plus particulièrement cette situation.
Sur le plan relationnel avec le patient:
- Soit les rapports sont bienveillants et cordiaux, toutes les solutions peuvent alors être envisagées avec sérénité.
- Soit il y a perte de confiance; il vaut mieux alors ne pas insister et remplir un constat amiable au plus vite, en collaboration avec son assurance.
3) L’entourage du patient
- Certains membres de l’entourage peuvent déclencher l’incendie qui couvait déjà, par une petite phrase assassine pour «regretter franchement,comme c’était avant.» Cette attitude souvent dictée par la jalousie, est non seulement dénuée de toute compassion, mais peut avoir un effet destructeur sur une personne fragilisée.
- En pré opératoire nous conseillons vivement de rencontrer cet entourage proche, surtout si l’on devine qu’il y a opposition au projet de la rhinoplastie et tenter par le dialogue, de motiver de façon bienveillante voire de susciter une collaboration active.
4) Le confrère consulté
pour un second avis- Nous avons souvent été amenés à assumer ce rôle. Nous nous sommes toujours fait un devoir d’avoir une attitude apaisante, sans pour autant nier ou minimiser les éventuels défauts ou préjudices.
- Nous nous sommes interdit de jouer le rôle du sauveur providentiel, car c’est le genre d’attitude qui ne va pas manquer de jeter de l’huile sur le feu. Un certificat est souvent demandé, mais il faut bien comprendre qu’il n’a de valeur que comme second avis. De toute façon il ne remplace pas l’expertise judiciaire qui sera éventuellement ordonnée par le juge et qui se déroulera de façon contradictoire.
- Tout autre attitude, malheureusement trop fréquente, est non seulement peu glorieuse sur le plan humain et déontologique, mais ne rend absolument pas service au patient déjà désemparé.
- Un comportement dicté par la retenue et la sobriété est indispensable car sinon le discrédit retombe sur le tout le corps médical et fait perdre la confiance des patients.
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II- SOLUTIONS POSSIBLES
A) SUR LE PLAN TECHNIQUE:
trois options sont possibles1) Une simple injection d’acide Hyaluronique peut aisément réduire une adhérence cutanée ou une irrégularité minime. C’est parfois la solution la plus raisonnable.
2) Une retouche au bloc
- Elle peut suffire quand il s’agit par exemple, d’un «coup de râpe» pour une aspérité osseuse sous cutanée.
- Mais il faut bien savoir les limites de ce geste rapide pratiqué sous anesthésie locale qui ne peut pas raisonnablement, s’attaquer à une restructuration de la charpente osseuse ou cartilagineuse.
1) Une rhinoplastie secondaire
- Il est bien difficile de définir les limites au-delà desquelles une nouvelle intervention devient légitime.
- C’est une affaire d’appréciation personnelle. On estime jusqu’à 30% la pratique d’une seconde rhinoplastie.
- Parmi les défauts qui à notre sens relèvent d’une rhinoplastie secondaire, citons: une ensellure, un toit ouvert, une pointe trop globuleuse, une sténose serrée invalidante.
B) SUR LE PLAN RELATIONNEL:
Un vieil adage bien connu dit «qu’un mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès.» Le patient a donc plusieurs options à sa disposition :
1) Le statut quo est une solution possible.
- Cela signifie que le patient ne va donner aucune suite particulière.
- Il va donc s’accommoder du résultat dont il va progressivement oublier les imperfections.
2) La rhinoplastie secondaire auprès d’un autre confrère
- C’est le choix le plus logique et le plus fréquent si le patient ne peut se résoudre à accepter un tel résultat. Et c’est aussi le choix le plus sain si sa préoccupation véritable est l’obtention d’un bon résultat et non celle d’une quelconque compensation judiciaire.
- Cependant cette attitude doit être tempérée de façon raisonnable, et le chirurgien consulté pour la rhinoplastie secondaire doit redoubler de prudence et de loyauté.
- En effet une surenchère effrénée peut pousser ces patients à d’innombrables interventions sans jamais de satisfaction véritable.
3) La rhinoplastie secondaire payante par le même chirurgien
- C’est un cas de figure non exceptionnel qui peut parfaitement se concevoir surtout s’il a été prévu et annoncé avant la première intervention.
- Il peut se rencontrer par exemple dans le cas d’un très gros nez au départ. Une réduction trop massive n’est pas très prudente tant pour des raisons fonctionnelles respiratoires que pour des raisons d’acceptabilité progressive de soi.
- Il vaut mieux alors procéder à une réduction en 2 temps avec un an d’écart. Si le patient est prévenu, il peut l’accepter de bonne grâce et payer la seconde intervention sans problème. Ce n’est plus alors considéré comme un échec mais plutôt comme une approche en deux temps d’un problème hors norme.
- Un cas de figure sensiblement identique, peut également être anticipé si un scanner préopératoire montre des stigmates de sinusite chronique ou d’hypertrophie des cornets.
4) La correction gratuite
Elle n’est concevable que si elle est pratiquée par le même chirurgien.
Le plus souvent, il ne s’agit que d’une retouche légère sous anesthésie locale.
La situation est plus problématique s’il s’agit d’une rhinoplastie secondaire avec anesthésie générale et hospitalisation. Dans ce cas une entente cordiale devrait aboutir à un partage des frais: le chirurgien renonce à habituellement à des honoraires supplémentaires tandis que le patient assume les frais de bloc et d’hospitalisation.
5) Le remboursement partiel des honoraires:
C’est une solution exceptionnelle qui doit être réservée à des cas très particuliers car elle ouvre la porte à toutes les dérives, à tous les chantages et tous les abus.
Si toutefois cette solution est adoptée, il faut s’entourer de toutes les précautions et faire signer un protocole d’accord dont nous produisons ci-dessous l’exemplaire habituellement utilisé :
«Je soussigné, certifie avoir perçu de la part du Dr……la somme de …… pour couvrir les frais d’une retouche de rhinoplastie.
J’estime, contrairement au Dr……., que le résultat esthétique de la rhinoplastie pratiquée par lui, ne me donne pas satisfaction.
Je m’engage donc par cette transaction à ne donner aucune suite ordinale, juridique civile ou pénale, et ne faire aucun commentaire par quelque voie que ce soit, qui serait de nature à nuire au Dr……»
«Adresse ……»
«Photocopie de carte d’identité»
6) La procédure auprès des tribunaux:
Ce n’est pas la meilleure des solutions! Car elle va durer plusieurs années de bataille couteuse surtout pour le patient qui va aller de désillusion en désillusion.
- - Le patient doit prendre un avocat qui saisit le tribunal.
- - Le tribunal nomme un expert judiciaire
- - Le chirurgien avertit son assurance qui désigne un médecin conseil
- - Le patient, le chirurgien, les deux avocats, et les 2 médecins conseils, un pour chaque parti, sont convoqués par l’expert judiciaire pour une expertise contradictoire de plusieurs heures.
- - L’expert établit un rapport d’expertise. Chaque parti peut y rajouter des remarques.
- - Habituellement, les 2 assurances se rapprochent pour établir un protocole d’accord au vu des conclusions de l’expertise. Le tout est transmis au juge qui prend sa décision
- - L’ensemble de cette procédure prend plusieurs années pour aboutir habituellement, si le préjudice est reconnu, à des indemnités en moyenne équivalentes aux honoraires versées.
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En conclusion, sagesse et entente amiable sont les deux conseils à retenir.
Date de dernière mise à jour: 02/10/14


